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Tag Archive for paronymie

La linguistique, c’est fantastique !

Les jeux de mots

Le jeu de mots est l’une des manifestations de la fonction ludique du langage. Il consiste à utiliser intentionnellement certaines particularités de la langue (homonymie*, homophonie*, paronymie*, polysémie*, synonymie*, etc.) pour rédiger un énoncé susceptible de produire un effet comique et, par là, de donner du plaisir.

Compte tenu des spécificités de chaque langue, les jeux de mots sont fréquemment intraduisibles, notamment quand ils affectent en priorité le plan du signifiant (oral et/ou écrit). Et là, je tire mon chapeau à ceux qui traduisent les dialogues de films. Surtout lorsqu’il s’agit de séries télé comiques !

"Amicalement vôtre", série britannique diffusée en France à partir de 1972.

“Amicalement vôtre”, série britannique diffusée en France à partir de 1972.

 

La contrepèterie (de l’ancien français contrepeter, “imiter par dérision”)

La contrepèterie consiste à produire un énoncé qui se chargera d’un sens différent si on en permute deux phonèmes (ou deux syllabes) :

Une femme folle à la messe (Rabelais)

La contrepèterie peut être non intentionnelle ; elle relève alors du lapsus* (voir des exemples plus bas).

 Le calembour

Autre forme de jeu de mots, le calembour est fondé sur la différence de sens entre des mots qui se prononcent de manière identique ou approchée :

Personnalité ⇒ “personne alitée”

As-tu pris un bain ? – Pourquoi ? Est-ce qu’il en manquerait un ?

 

calembour : La fin/faim justifie les moyens !

La fin/faim justifie les moyens !

 

D’autres calembours jouent sur la relation de deux séquences homonymes (ou paronymes) :

C’est la Vénus de Capoue. – Qui dites-vous qui a des poux ?

Quelques précisions sur les termes suivis d’un astérisque :

L’homonymie (du grec homos, “semblable”, et onoma, “nom”)

L’homonymie est l’identité (orale et écrite) de signifiant entre plusieurs éléments linguistiques. Par exemple, mousse (“jeune matelot”,”écume” et “végétal”) est le signifiant commun à trois signes différents.

L‘homonymie se laisse difficilement distinguer de la polysémie. Le problème, à vrai dire, concerne presque exclusivement les auteurs de dictionnaires, qui doivent décider s’ils consacrent à un signifiant deux articles (cas de l’homonymie) ou un seul (cas de la polysémie). Le problème reçoit nécessairement des solutions variables selon les critères utilisés. Le recours à l’étymologie n’est pas toujours décisif. Quand une analyse du signifié ne fait pas apparaître de trait commun entre les termes concernés, on peut parler d’homonymie : c’est certainement le cas pour le mousse masculin, ainsi distingué de ses deux homonymes féminins. Mais entre ces deux derniers n’est-il pas possible de trouver un trait sémique commun ? Selon la réponse qu’ils donnent à cette question, les lexicographes ouvrent une seule entrée lexicale (considérant qu’il y a polysémie d’une unité) ou deux entrées (considérant qu’il y a deux unités homonymes). La lexicographie contemporaine tend à privilégier le traitement homonymique plutôt que polysémique des problèmes de ce genre.

L’homophonie (du grec homos, “semblable”, et phônê, “voix”)

L’homophonie est l’identité orale de signifiant entre plusieurs éléments linguistiques.

Eau et haut, par exemple, sont des homophones.

La paronymie (du grec para, “à côté”, et onoma, “mot”)

La paronymie est une homonymie incomplète : au lieu d’être exactement identiques, les paronymes restent distincts par une partie limitée de leurs signifiants respectifs. On distingue les deux cas suivants :

– entre “collusion” et “collision”, “chasse” et “châsse”, “recouvrer” et “recouvrir”, etc., les signifiants, largement communs, restent cependant distincts dans la prononciation et dans l’orthographe ;

– “censé” et “sensé”, “chaos” et “cahot”, “s’égailler” et “s’égayer”, “pose” et “pause”, etc., totalement confondus à l’oral, restent distincts dans l’écriture.

La paronymie rend compte de nombreux phénomènes : lapsus, jeux de mots, fautes d’orthographe, phénomènes d’attraction paronymique et d’étymologie seconde ou populaire.

La polysémie (du grec polus, “nombreux”, et sêma, “signe”)

Le terme de polysémie est utilisé pour décrire le fait qu’une unité lexicale correspond à plusieurs significations ; au niveau du signe, on dira qu’un seul signifiant est en relation avec plusieurs signifiés. C’est là une propriété caractéristique du vocabulaire général, dont les dictionnaires s’efforcent de rendre compte en faisant la liste des divers “sens” ou “acceptions” d’un même mot.

Parmi les problèmes que pose la notion de polysémie, on notera, d’abord, la difficulté qu’il y a parfois à distinguer plusieurs sens. À l’inverse se pose le problème essentiel de la distinction entre polysémie et homonymie. Les lexicographes s’appuient davantage sur les environnements linguistiques des mots (susceptibles de dissocier deux ou plusieurs types d’emplois intuitivement perçus comme distincts) que sur leur étymologie, car les mots ont souvent la même origine et ce critère d’analyse n’est plus pertinent.

La synonymie (du grec sunônumos, de sun, “avec”, et onoma, “nom”)

La synonymie est la relation qu’entretiennent deux formes différentes (deux signifiants) ayant le même sens (un seul signifié). Elle peut affecter des mots, des groupes de mots ou des phrases (on parle plutôt, dans ce cas, de paraphrase). Sur le plan logique, elle correspond à l’implication réciproque.

Le film commence à 19h00. = Le film débute à 19h00.

Le lapsus (mot latin, “glissement”)

Le lapsus est la réalisation d’une forme linguistique non conforme aux intentions conscientes du sujet parlant. Le lapsus est largement conditionné par les structures linguistiques. Il affecte des formes différentes selon qu’il se manifeste à l’oral ou à l’écrit.

 Propos d’une enseignante :

“Je remonte dans ma chambre.” Au lieu de : “Je remonte dans ma classe.”

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Proff, prauf, ou prof ? Vignette de Martin Vidberg.

 

Clin d’œil à Martin Vidberg dont je suis le blog génial “l’actu en patates”.

A vous de jouer avec les mots !  😉

 

Bibliographie (indispensable à la rédaction de cet article) :

La grammaire d’aujourd’hui, guide alphabétique de linguistique française, M. Arrivé, F. Gadet, M. Galmiche, Flammarion, 1986.

Le nouveau Petit Robert, dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, J. Rey-Debove, A. Rey, 2008.