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Ressources en orthographe

La linguistique, c’est fantastique !

Les jeux de mots

Le jeu de mots est l’une des manifestations de la fonction ludique du langage. Il consiste à utiliser intentionnellement certaines particularités de la langue (homonymie*, homophonie*, paronymie*, polysémie*, synonymie*, etc.) pour rédiger un énoncé susceptible de produire un effet comique et, par là, de donner du plaisir.

Compte tenu des spécificités de chaque langue, les jeux de mots sont fréquemment intraduisibles, notamment quand ils affectent en priorité le plan du signifiant (oral et/ou écrit). Et là, je tire mon chapeau à ceux qui traduisent les dialogues de films. Surtout lorsqu’il s’agit de séries télé comiques !

"Amicalement vôtre", série britannique diffusée en France à partir de 1972.

“Amicalement vôtre”, série britannique diffusée en France à partir de 1972.

 

La contrepèterie (de l’ancien français contrepeter, “imiter par dérision”)

La contrepèterie consiste à produire un énoncé qui se chargera d’un sens différent si on en permute deux phonèmes (ou deux syllabes) :

Une femme folle à la messe (Rabelais)

La contrepèterie peut être non intentionnelle ; elle relève alors du lapsus* (voir des exemples plus bas).

 Le calembour

Autre forme de jeu de mots, le calembour est fondé sur la différence de sens entre des mots qui se prononcent de manière identique ou approchée :

Personnalité ⇒ “personne alitée”

As-tu pris un bain ? – Pourquoi ? Est-ce qu’il en manquerait un ?

 

calembour : La fin/faim justifie les moyens !

La fin/faim justifie les moyens !

 

D’autres calembours jouent sur la relation de deux séquences homonymes (ou paronymes) :

C’est la Vénus de Capoue. – Qui dites-vous qui a des poux ?

Quelques précisions sur les termes suivis d’un astérisque :

L’homonymie (du grec homos, “semblable”, et onoma, “nom”)

L’homonymie est l’identité (orale et écrite) de signifiant entre plusieurs éléments linguistiques. Par exemple, mousse (“jeune matelot”,”écume” et “végétal”) est le signifiant commun à trois signes différents.

L‘homonymie se laisse difficilement distinguer de la polysémie. Le problème, à vrai dire, concerne presque exclusivement les auteurs de dictionnaires, qui doivent décider s’ils consacrent à un signifiant deux articles (cas de l’homonymie) ou un seul (cas de la polysémie). Le problème reçoit nécessairement des solutions variables selon les critères utilisés. Le recours à l’étymologie n’est pas toujours décisif. Quand une analyse du signifié ne fait pas apparaître de trait commun entre les termes concernés, on peut parler d’homonymie : c’est certainement le cas pour le mousse masculin, ainsi distingué de ses deux homonymes féminins. Mais entre ces deux derniers n’est-il pas possible de trouver un trait sémique commun ? Selon la réponse qu’ils donnent à cette question, les lexicographes ouvrent une seule entrée lexicale (considérant qu’il y a polysémie d’une unité) ou deux entrées (considérant qu’il y a deux unités homonymes). La lexicographie contemporaine tend à privilégier le traitement homonymique plutôt que polysémique des problèmes de ce genre.

L’homophonie (du grec homos, “semblable”, et phônê, “voix”)

L’homophonie est l’identité orale de signifiant entre plusieurs éléments linguistiques.

Eau et haut, par exemple, sont des homophones.

La paronymie (du grec para, “à côté”, et onoma, “mot”)

La paronymie est une homonymie incomplète : au lieu d’être exactement identiques, les paronymes restent distincts par une partie limitée de leurs signifiants respectifs. On distingue les deux cas suivants :

– entre “collusion” et “collision”, “chasse” et “châsse”, “recouvrer” et “recouvrir”, etc., les signifiants, largement communs, restent cependant distincts dans la prononciation et dans l’orthographe ;

– “censé” et “sensé”, “chaos” et “cahot”, “s’égailler” et “s’égayer”, “pose” et “pause”, etc., totalement confondus à l’oral, restent distincts dans l’écriture.

La paronymie rend compte de nombreux phénomènes : lapsus, jeux de mots, fautes d’orthographe, phénomènes d’attraction paronymique et d’étymologie seconde ou populaire.

La polysémie (du grec polus, “nombreux”, et sêma, “signe”)

Le terme de polysémie est utilisé pour décrire le fait qu’une unité lexicale correspond à plusieurs significations ; au niveau du signe, on dira qu’un seul signifiant est en relation avec plusieurs signifiés. C’est là une propriété caractéristique du vocabulaire général, dont les dictionnaires s’efforcent de rendre compte en faisant la liste des divers “sens” ou “acceptions” d’un même mot.

Parmi les problèmes que pose la notion de polysémie, on notera, d’abord, la difficulté qu’il y a parfois à distinguer plusieurs sens. À l’inverse se pose le problème essentiel de la distinction entre polysémie et homonymie. Les lexicographes s’appuient davantage sur les environnements linguistiques des mots (susceptibles de dissocier deux ou plusieurs types d’emplois intuitivement perçus comme distincts) que sur leur étymologie, car les mots ont souvent la même origine et ce critère d’analyse n’est plus pertinent.

La synonymie (du grec sunônumos, de sun, “avec”, et onoma, “nom”)

La synonymie est la relation qu’entretiennent deux formes différentes (deux signifiants) ayant le même sens (un seul signifié). Elle peut affecter des mots, des groupes de mots ou des phrases (on parle plutôt, dans ce cas, de paraphrase). Sur le plan logique, elle correspond à l’implication réciproque.

Le film commence à 19h00. = Le film débute à 19h00.

Le lapsus (mot latin, “glissement”)

Le lapsus est la réalisation d’une forme linguistique non conforme aux intentions conscientes du sujet parlant. Le lapsus est largement conditionné par les structures linguistiques. Il affecte des formes différentes selon qu’il se manifeste à l’oral ou à l’écrit.

 Propos d’une enseignante :

“Je remonte dans ma chambre.” Au lieu de : “Je remonte dans ma classe.”

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Proff, prauf, ou prof ? Vignette de Martin Vidberg.

 

Clin d’œil à Martin Vidberg dont je suis le blog génial “l’actu en patates”.

A vous de jouer avec les mots !  😉

 

Bibliographie (indispensable à la rédaction de cet article) :

La grammaire d’aujourd’hui, guide alphabétique de linguistique française, M. Arrivé, F. Gadet, M. Galmiche, Flammarion, 1986.

Le nouveau Petit Robert, dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, J. Rey-Debove, A. Rey, 2008.

Se relire pour éviter les fautes les plus courantes

Mémo en 5 points pour se corriger efficacement

– Évacuer les fautes d’orthographe repérées par le logiciel de correction… et relire.

– Augmenter la taille des caractères… et relire.

– Imprimer votre texte… et relire.

– Au besoin, vérifier l’orthographe à l’aide de vrais livres… et relire.

– Enfin, se faire relire.

 

En plus des conseils que nous vous avons déjà donnés ici, là, et aussi à cet endroit-, vous trouverez dans cet article la liste des erreurs les plus fréquentes et des conseils pratiques pour vous relire efficacement.

 

Répertoire des fautes les plus courantes

7 Crocodiles vus d'avion

Ne tombez pas dans les pièges de la langue française !

Ce répertoire des fautes les plus courantes (constitué grâce à un sondage réalisé conjointement par le Projet Voltaire et les Timbrés de l’orthographe) devrait vous aider à vous focaliser sur certains mots et à éviter les plus gros pièges de la langue française.

  • Imprimez cette liste pour plus de confort et gardez-la sous les yeux quand vous devez vous relire.
  • Vérifiez un à un les items. Avez-vous appliqué les bonnes règles dans votre travail ?

Les fautes d’orthographe, grammaire et conjugaison :

– le pluriel des noms composés (56 %) ;
– la distinction entre futur et conditionnel avec « je » (34 %) ;
– le pluriel des nombres (27 %) ;
– le redoublement des consonnes (24 %) ;
– l’accord du participe passé (23 %).

Les fautes dues à l’utilisation d’un traitement de texte :

– les fautes causées par des remaniements de phrase du type “les groupes défavorisés” → “les classes sociales défavorisés” (correction : défavorisées);
– les fautes de typographie dues à une méconnaissance des règles générales de dactylographie ;
– les fautes de frappe.

Conseils pour se relire efficacement

  1. Se mettre en condition et choisir le bon moment. Être patient et intraitable.
  2. Évacuer les fautes d’orthographe lexicale repérées par le logiciel de correction. En cas de doute : vérifier.
  3. Varier la police ou la taille du texte pour ne pas relire plusieurs fois le contenu sous la même forme.
  4. Imprimer et laisser de côté l’écran.
  5. Vérifier l’orthographe à l’aide des ouvrages de référence.
  6. Laisser décanter et revenir plus tard.
  7. Se relire à l’envers pour faire abstraction du sens, en commençant par la dernière page et la dernière phrase.
  8. Se faire relire par le plus de personnes (fiables) possibles.

La relecture par des professionnels : la cerise sur le gâteau

Elle est la garantie d’un service de qualité, car réalisée par des personnes qui sont formées pour cela. En effet, leurs yeux ne naviguent pas de façon “naturelle” sur les mots. Le regard va et vient sur le mot et recherche systématiquement les liens d’accords entre les mots, à l’intérieur d’une phrase ou d’un texte. Les lectures successives par des personnes qui connaissent les règles et les pièges garantissent un résultat irréprochable. Si vous souhaitez des conseils pour choisir le relecteur qui vous convient, suivez le guide !

S’entraîner avec des dictées

Les bienfaits de la dictée pour améliorer son orthographe

Il est de fait que l’orthographe ne s’acquiert qu’avec une bonne réflexion et de nombreux exercices. La dictée fait partie de ces exercices, à condition qu’elle soit bien menée… La dictée est un exercice qui sollicite la mémoire cognitive (mémorisation des processus de réflexion), la mémoire visuelle et la mémoire auditive (à condition que tous les mots, soient épelés).

Un exercice de dictée (préparée ou analysée a posteriori) pratiqué de façon soutenue, méthodique et exigeante aura un impact fort dans les quelques semaines suivant son commencement.

Voici quelques conseils pour optimiser l’impact de l’exercice de dictée sur les résultats généraux en orthographe.

Cinq conseils pour que l’entraînement soit de qualité

1. Préparez chaque dictée avant la passation.

Photocopiez ou imprimez votre dictée en grand sur une seule page, en police 24 au minimum, placez-la devant vous.
Lisez-la à voix haute, éliminez avec un dictionnaire les doutes sémantiques, si vous en avez.
Épelez chaque mot par groupes syllabiques. Exemple : “chemin : che, c-h-e, min, m-i-n”.
Identifiez les verbes, leur temps, les sujets et les accords pluriels.
Relisez vos tables de conjugaison associées.

2. Recopiez la dictée en entier, en essayant de mémoriser plusieurs mots à la suite.

3. Demandez à un proche de vous dicter le texte étudié.

Si vous êtes seul(e), enregistrez la dictée avec l’enregistreur de votre ordinateur ou par un autre moyen.

Écrivez votre texte “sous la dictée” rapidement, puis réécoutez la dictée une dernière fois.

4. Faites un peu de grammaire !

– Identifiez les verbes avec leur(s) sujet(s).
– Identifiez les accords pluriels.
– Identifiez les noms communs et les noms propres, les déterminants, les pronoms personnels, les adjectifs, les adverbes…
– Si tout cela est flou pour vous, fouillez sur Internet et imprimez quelques leçons de grammaire du CE1 au CM2.

5. Enfin, relisez chaque mot l’un après l’autre, très lentement tout en vous posant les questions suivantes :

– Est-ce que j’ai bien repéré les sujets des verbes et accordé les verbes en conséquence ?
– Est-ce que j’ai bien repéré les adjectifs et les noms auxquels ils se rapportent ? Sont-ils correctement accordés ?

Comment tirer profit des dictées passées ?

Nous le répétons sans cesse, si vous avez la volonté de progresser vraiment en orthographe, alors il faut vous comporter comme un sportif : éliminer les mauvaises habitudes, muscler ses connaissances en grammaire et répéter le même geste jusqu’à l’exécuter parfaitement.

Pour tirer le meilleur profit de ces dictées, essayez de suivre ces conseils de professionnels :

  • Retravaillez vos erreurs, relisez les règles de grammaire et les tableaux de conjugaison.
  • Affichez vos dictées passées au-dessus de votre bureau.
  • Si vous avez fait plus de trois erreurs, refaites la dictée 24 heures après.
  • Et la plus importante : faites une dictée par jour !

  

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Dictées du certificat d’études primaires

Voici trente-trois dictées du certificat d’études primaires, classées par département.

Nous reproduisons ici les dictées de la session de l’année 1987.

Ce sont des dictées qui peuvent concerner des enfants à partir de 10 ans ou des adultes qui souhaitent évaluer leur niveau.

Si vous avez besoin de conseils sur les conditions dans lesquelles vous pouvez vous exercer grâce à ces dictées, vous les trouverez dans cet article.

 

AIN
Je marche depuis quelques instants dans la forêt. Les oiseaux qui chantaient si fort auprès de la maison ne s’aventurent pas jusque là. Ils restent comme des chiens, à portée de voix et n’aiment pas s’éloigner des lieux où l’homme vit. Je mesure le progrès des fougères qui soudain déroulées déploient leur tapis de haute verdure. Je sens mes pas épouser la souplesse du chemin. Le silence et l’espace me guérissent du mal des villes. C’est une brève incursion dans un royaume presque oublié, un retour au calme dans une vie de plus en plus trépidante et difficile.

 

ARDECHE
Chaque hiver des pilotes mouraient dans la neige. Pour de l’argent, pour sauver un blessé, transporter d’urgence un enfant malade vers un hôpital, pour la gloire ou même pour rien, le plaisir, les pilotes jouaient leur vie. Les appareils minuscules se perdaient en forêt comme le font les navires de pêche en plein océan. D’autres avions partaient à leur recherche. Des pilotes volaient des journées entières, s’usant les yeux à scruter les moindres replis du sol avec l’espoir que leurs camarades vivaient encore. Dès qu’ils apercevaient une fumée montant d’un bois, ils allaient voir. La plupart du temps, ils survolaient la tente d’un trappeur ou le camp de quelques Indiens. D’après Bernard Clavel, L’or de la terre.

 

AVEYRON
Au fond de la rue, certaines jeunes personnes de la campagne, filles ou femmes mariées, venaient vendre leurs cheveux. Elles les dénouaient d’abord, les faisaient ruisseler sur leurs épaules. On ne les payait point en argent. Avant le sacrifice, elles désignaient sur l’étal de l’acheteur un coupon de drap ; d’accord ou pas d’accord, répondait l’homme suivant la longueur ou l’épaisseur de la toison. Il la caressait d’une main, puis la saisissait dans son poing gauche comme une queue de cheval, levait les ciseaux ; elle tombait toute, il la nouait d’un fil et la jetait dans un sac de toile. Jean Anglade, Les ventres jaunes.

 

CALVADOS
Le dimanche n’est pas un jour pareil aux autres. On s’en aperçoit en ouvrant les yeux à l’heure habituelle : impossible de dormir plus longtemps, c’est devenu machinal. On se force pourtant à rester au lit. Durant toute la journée, il faudra se reposer, ne pas se dépêcher, contrôler ses gestes : rien à visser, rien à limer, rien à additionner ni à soustraire… On n’est point entraîné à cette liberté et l’on éprouve une sorte de malaise, on se sent tout drôle, en somme, c’est comme si l’on rêvait. La réalité recommence le lendemain, sans faute. Une journée de délassement, c’est dur quand on a pris la manie de l’activité. On ne sait pas ne rien faire. Et l’on flotte dans des vêtements trop propres qu’il ne faut pas salir. Il vaut mieux avouer que l’on s’ennuie un peu le dimanche. H. Calet.

 

CHARENTE MARTIME
Quatorze consultants la veille, trente-neuf ce jour-là, c’était du vrai travail à la chaîne. Huit heures de consultations harassantes, sans grand intérêt médical, sans aucune possibilité de s’arrêter… Des ordonnances tracées à la hâte et dont on se demande ce que les malades en comprendront. Travail éreintant, fastidieux, stupide, aussi stupide que ces clients tous mystérieusement tombés malades en même temps, à date fixe, les jours de marchés ou de foires. André Soubiran, Les hommes en blanc.

 

CÔTE-D'OR
Comme j’arrivais au bord du vallon, deux détonations presque simultanées retentirent. Je vis mon père, qui venait de tirer, et qui suivait du regard le vol plané de belles perdrix… Mais toutes glissaient dans l’air du matin, sans le moindre frémissement… C’est alors que, d’une grande touffe de genêts, surgit un béret, surmonté d’un fusil. C’était l’oncle Jules. Il tira posément : la première perdrix bascula sur la gauche, et tomba, décrochée du ciel. Les autres firent un crochet vers la droite : le fusil décrivit un quart de cercle, et le second coup retentit : une autre perdrix parut exploser, et s’abattit presque à la verticale. Les deux chasseurs, après quelques recherches, ramassèrent les victimes, qui étaient à cinquante mètres l’une de l’autre, et les brandirent à bout de bras. Marcel Pagnol.

 

CÔTES-DU-NORD
Le chantier, dans le soleil, hurle et grince. Il faut crier pour se faire entendre et la voix s’aplatit sur les murs nus et humides. Toutes les trois minutes l’ombre de la grue passe sur la façade. Elle hisse, aux étages supérieurs, la gâchée de béton que les coffreurs coulent sur les piliers. Ailleurs, elle monte les panneaux pour les boiseurs. Ce n’est plus l’homme qui dirige le travail mais la machine. Partout, les hommes doivent se plier au rythme imposé. Ils n’ont pas le temps de casser la croûte. Ils mangent, le plus souvent, un morceau d’une main et continuent à travailler de l’autre. André Remacle, Le temps de vivre.

 

DEUX-SEVRES
On parlait souvent de la rivière à la veillée, mais je ne l’avais jamais vue. Elle jouait un grand rôle dans la famille à cause du bien et du mal qu’elle faisait à nos cultures. Tantôt elle fertilisait la terre, tantôt elle la pourrissait. En automne, au moment des pluies, ses eaux montaient. On les entendait qui grondaient au loin. Parfois, elles passaient par-dessus les digues de terre et inondaient nos champs. Puis elles repartaient en laissant de la vase. Mais, en été, sous la chaleur torride, la rivière s’évaporait. Henri Bosco.

 

GARD
Une nouvelle poussée immobilisa Gagarine. Son corps douloureux pesait cinq cents kilos, ses paupières étaient crispées, mais il tenait bon. La vitesse de la fusée approchait de son point culminant. D’une minute à l’autre, il aurait quitté l’atmosphère terrestre… Quand le deuxième étage se détacha, dans sa cabine, le cosmonaute ressentit le brusque allègement de tout son corps. La capsule s’inclina pour entrer dans la courbe à rayon immense qui allait l’entraîner tout autour de la Terre. Il était sur orbite. Sa voix parvenait clairement au poste de commandement “Je vois la Terre. Je me sens très bien, que c’est beau !”

 

HAUT-RHIN
J’étais arrivé le soir avec mes parents dans un village de la côte. Je savais que nous étions là pour une chose qui s’appelait la mer, mais je ne l’avais pas encore vue et j’étais impatient de la connaître. Après le dîner, donc à la tombée de la nuit, je m’échappais seul dehors. L’air vif, âpre, sentait je ne sais quoi, l’inconnu et un bruit singulier, à la fois faible et immense, se faisait entendre derrière les montagnes de sable. Tout à coup je m’arrêtai, glacé, frissonnant de peur. Devant moi, quelque chose apparaissait, quelque chose de sombre et de bruissant, qui avait surgi de tous les côtés en même temps et qui semblait ne pas finir : une étendue en mouvement qui me donnait le vertige.

 

HAUTE-GARONNE
Il est minuit. Des gens grelottent, des enfants gémissent sur le quai de la gare. Le train arrive. Dès que les freins ont fini de grincer, les voyageurs s’élancent à l’assaut et courent le long des couloirs. Partout le même mot : “complet !” Le rêve de chacun, c’est d’avoir un compartiment pour lui tout seul, par tous les moyens. L’un dispose des paquets et des couvertures en forme de voyageurs endormis, un autre barre le chemin et lance un nuage de fumée. Les voyageurs déjà installés dans un même compartiment sont alliés ; ceux qui arrivent sont pour eux des ennemis, mais ils s’installent alors et deviennent des alliés contre les nouveaux arrivants. Alain, Propos.

 

HAUTE-SAVOIE
Pour la première fois qu’ils dînaient chaque mois chez les Pardon, Maigret devait conserver de cette soirée boulevard Voltaire un souvenir presque pénible. Cela avait commencé boulevard Richard-Lenoir. Sa femme avait commandé un taxi par téléphone, car il pleuvait, depuis trois jours, comme, selon la radio, il n’avait pas plu depuis trente-cinq ans. L’eau tombait par rafales, glacée, vous fouettant le visage et les mains, collant les vêtements mouillés au corps. Dans les escaliers, les ascenseurs, les bureaux, les pas se marquaient en taches sombres et l’humeur des gens était exécrable. Ils étaient descendus et avaient attendu près d’une demi-heure, sur le seuil de l’immeuble, de plus en plus pénétrés par le froid, que le taxi arrive enfin. Encore avait-il fallu parlementer pour que le chauffeur accepte une course aussi brève. “Excusez-nous… Nous sommes en retard… – Tout le monde est en retard ces jours-ci… Cela ne vous ennuie pas qu’on se mette à table tout de suite ?” L’appartement était chaud, intime, et on s’y sentait d’autant mieux qu’on entendait la tempête secouer les volets. Mme Pardon avait préparé un bœuf bourguignon comme elle seule le réussissait et ce plat à la fois solide et raffiné avait fait les frais de la conversation. Simenon.

 

HAUTE-VIENNE
Le sol montait à une vitesse de cauchemar. Sur une distance de deux cents mètres, Mermoz s’abattit verticalement ainsi qu’un morceau de fonte. Brusquement, il se sentit ébranlé par une secousse terrible et eut l’impression qu’il s’accrochait dans le vide. Le parachute s’était ouvert… Des morceaux de métal, des boulons, des ferrures pleuvaient sur Mermoz comme de la mitraille, déchiraient la toile de salut, précipitaient la chute. Mermoz vit la terre toute proche. Le parachute, ouvert trop tard et éventré, ne remplit qu’à demi son office. Mermoz se reçut sur les jambes. Il s’en tira avec une côte froissée, des contusions internes. “Ce n’était pas l’heure”, écrivit-il à sa mère quelques jours plus tard. Joseph Kessel.

 

HAUTES-ALPES
Homme de bon sens, intelligent et d’esprit curieux, mon père souffrait beaucoup d’être illettré. Aussi m’envoya-t-il en classe très régulièrement et jusqu’à près de quatorze ans… Sitôt que je fus en mesure de lire couramment, il consacra onze francs par an à s’abonner à deux publications. Mais quelle joie pour lui de se faire lire le journal ! Il écoutait dans une attitude recueillie, le torse penché, la tête un peu inclinée, toute son attention tendu pour ne rien perdre de ces mots magiques qui lui apportaient toutes les nouvelles du monde. F. Guillaumin, La Vie d’un simple.

 

INDRE
Il était sale. Il portait son pantalon gris, toujours le même, tirebouchonné et taché. Sa canadienne était graisseuse et ses chaussures crottées. Mais plus que ses vêtements, le négligé de sa personne me frappa quand il se mit à l’aise pour s’asseoir. Il avait une barbe de plusieurs jours et des couches de crasse derrière les oreilles. Ses mains surtout, et ses ongles étaient malpropres. Tu me trouves sale ? Je suis si fatigué que je ne pense qu’à dormir. Je me laverai demain, c’est dimanche. Claude Etcherelli, Élise ou la vraie vie.

 

LOIRE
Manon, à son habitude, montait le raidillon du ravin qui la conduisait au sorbier, lorsque la grande biquette blanche qui marchait en tête du troupeau s’arrêta net, et regarda, curieuse, le grand fourré de myrte que dominait un chêne vert à plusieurs troncs… Le chien s’élança, et gronda. C’est sous ce couvert qu’elle avait tendu ses pièges ; elle pensa aussitôt que quelque bête de la sauvagine, comme une fouine ou une belette, était en train de dévorer ses captures. Elle s’élançait le bâton levé lorsque à travers un bruit de branches brisées un chasseur surgit devant elle : c’était un étranger de la ville qui portait une plume de perdrix piquée dans le ruban de son chapeau. M. Pagnol, Manon des sources.

 

LOT
Il était bien joli ce chemin de Provence. Il se promenait entre deux murailles de pierres cuites par le soleil, au bord desquelles se penchaient vers nous de larges feuilles de figuier, des buissons de clématites et des oliviers centenaires. Au pied des murs, une bordure d’herbes folles et de ronces prouvait que le zèle du cantonnier était moins large que le chemin. J’entendais chanter les cigales et, sur le mur couleur de miel, de petits lézards gris, immobiles, la bouche ouverte, buvaient le soleil. Paul leur fit aussitôt la chasse, mais il ne rapporta que des queues frétillantes. Notre père nous expliqua que ces charmantes bestioles les abandonnent volontiers, comme ces voleurs qui laissent leur veston entre les mains de la police. Marcel Pagnol.

 

MAINE-ET-LOIRE
Un sourire. Voici une petite pluie. Vous êtes dans la rue, vous ouvrez votre parapluie. À quoi bon dire : “Encore cette sale pluie !” Cela ne leur fait rien aux gouttes d’eau, ni aux nuages, ni au vent. Pourquoi ne dites-vous pas aussi bien : “Oh ! la bonne petite pluie !” ? Cela ne fera rien aux gouttes d’eau, c’est vrai ; mais cela sera bon à vous. Prenez aussi les hommes comme la pluie. C’est bien plus facile que pour la pluie. Votre sourire ne fait rien à la pluie, mais il fait beaucoup aux hommes. D’après Alain.

 

MANCHE
Derrière le chien, presque en courant, l’homme traversa une série de rues toutes pareilles, des jardins, des parcs qui fermaient, des places tranquilles ; des hommes et des femmes montaient dans leurs voitures ; deux ou trois vieillards, l’air insouciant, boitaient tout en noir ; des ouvriers rouges entouraient de lanternes à pétrole les sortes de cratères où ils avaient travaillé toute la journée sous le plein soleil. Un bonhomme sans âge descendait aussi sur le trottoir d’en face en portant une caisse remplie de vitres sur son dos… Voilà au milieu de quoi passait le chien ; dans les rues, entre les maisons, sous les toits hérissés d’antennes de télévision ou de cheminées en briques. J. M. G. Le Clézio.

 

MAYENNE
L’enfant dans la publicité. Mis en scène par l’adulte, l’enfant de la publicité tour à tour fait l’enfant, joue à l’adulte ou dialogue avec ses parents. Il achète lui-même les produits qui le prennent pour cible ou conseille père et mère dans leurs dépenses familiales. … Le code du travail interdit, en principe, le travail rémunéré des enfants en dessous de seize ans. Mais, en matière de publicité, les dérogations sont nombreuses. Chaque secteur a ses règles. … Les gains des enfants sont contrôlés. Ces derniers ont la garantie de récupérer leur dû à leur majorité. Autre volet de la législation : la protection morale des petites vedettes de la publicité. Elle s’en tient à quelques interdits, liés aux bonnes mœurs. D’après Danielle Rouard, Article paru dans le Monde du 23 août 1984.

 

MEURTHE-ET-MOSELLE
L’air du dehors fait remuer la toile de tente l’étoffe qui sert de portière se soulève, je vois le ciel plein d’étoiles, j’entends toutes les musiques de la nuit, les mille bruits de la campagne et du bois, le chant régulier de la rivière. C’est la première fois que je couche en pleine nature. Je n’ai pas peur, c’est sûr ! mais j’ai j’ai le cœur un peu serré. Soudain devant l’entrée de la porte… D’après E. Audrin.

 

NORD
L’après-midi, assise à contre-jour dans le salon de velours rouge, elle tricotait pour les pauvres. C’est ainsiq eu je la retrouve le mieux : son visage rond, pâle, un peu fripé ; ses petites lunettes à verres fumés et ses cheveux blancs sous le nœud de dentelle noire. Elle ne faisait jamais allusion à son infirmité. Un jour, elle se heurta le front contre un battant de porte et continua sa route sans en laisse rien paraitre. Souvent, elle m’appelait pour la guider : de petite taille, elle posait sa main sur mon épaule et je marchais devant elle, écartant les obstacles de son chemin. D’après Roger Martin du Gard.

 

PAS-DE-CALAIS
J’avais sept ans. On me confia la garde du troupeau. Avant cinq heures, maman me tirait du lit et je partais aussitôt, les yeux gros de sommeil. J’avais ordre de ne rentrer qu’entre huit et neuf heures, quand les moutons, à cause de la chaleur, se tassent dans quelque coin ombrageux afin de goûter un peu de fraîcheur. Rentrant trop tôt, j’étais grondé et même battu par ma mère qui ne riait jamais et donnait plus volontiers une taloche qu’une caresse. Je restais donc jusqu’au moment où l’ombre du frêne, à droite de l’entrée, m’annonçait huit heures. Mais attendre jusque-là et, le soir, attendre dans cette même solitude, quand les ombres deviennent menaçantes, quel dur calvaire ! D’après Henri Bosco.

 

PUY DE DÔME
Nous voici à moins de cent mètres du cratère. Je remarque que la neige noire est criblée de trous : la trace des bombes. Je sors mon casque et m’en coiffe. Sur le sol, maintenant horizontal, j’avance avec prudence. Plus lentement encore, je m’approche de la gueule du volcan. J’aimerais jeter un coup d’œil à l’intérieur, voir à quel niveau se trouve la lave bouillante. Mais la fumée et les poussières forment un écran opaque que seules déchirent les explosions. Un sifflement, un choc, près de moi… La première bombe. Après un moment d’arrêt, je me remets en route et sens la terre vibrer sous mes pieds. Une fraction de seconde plus tard, l’explosion jaillit du cratère. Une volée de braise s’abat autour de moi. H. Tazieff.

 

PYRENEES ATLANTIQUES
Tout a commencé avec le pain de campagne… Il faut dire que la mode alimentaire des villes puise aujourd’hui dans les campagnes. Et le naturel, le complet, l’écologique… c’est la santé. Les pains riches en fibres, pains biologiques, au son, etc., sont synonymes de longue vie et d’éternelle jeunesse. Au fait, c’est quoi un “pain biologique” ? Personne ne le sait, et il faudrait, pour le définir, compter sur la bonne foi de l’agriculteur, du meunier et du boulanger. En fait, les abus sont si fréquents que le plus sûr est de se fier aux connaisseurs. Gault-Millaud, novembre 1986.

 

SAÔNE-ET-LOIRE
Elle était attachée à un piquet par une longue corde. “C’est une chevrette si vive qu’elle sauterait par-dessus les barrières si je ne l’attachais pas, dit la tante. Vous allez voir !” Elle détacha la chèvre, et aussitôt cefut une course folle autour du clos. Les enfants battaient des mains. Michel se mit à courir lui aussi, mais la bête était beaucoup plus leste que lui et, au moment où il croyait la toucher, elle lui échappait d’un bond. À la fin, elle se cabra devant lui et fit mine de le menacer avec ses petites cornes. E. Pérochon.

 

SARTHE
Nous apercevons un requin de trois mètres de longueur… Il se retourne et vient droit sur nous. Sans réfléchir, je brandis la caméra comme un bouclier, j’appuie sur le levier de déclenchement, et je me trouve en train de filmer al bête qui fonce sur moi. Le museau plat ne cesse de grandir ; bientôt il n’y a plus au monde qu’une gueule. De toutes mes forces, je pousse la caméra en avant et frappe en plein sur le museau. Je sens le déplacement d’eau d’un grand coup de queue, un corps lourd passe près de moi en un éclair et le requin se trouve à quatre mètres, inexpressif, décrivant lentement autour de nous sa ronde obstinée. D’après Cousteau et Dumas.

 

SEINE-MARITIME
Quand j’étais tout enfant, nous habitions à la campagne. La maison qui nous abritait était isolée au milieu des champs. Au-delà coulait une rivière. Elle jouait un grand rôle dans la famille à cause du bien qu’elle faisait à nos cultures. Tantôt elle fertilisait la terre, tantôt elle la pourrissait. En automne, au moment des pluies, ses eaux montaient. On les entendait qui grondaient au loin. Parfois, elles passaient par-dessus les digues de terre et inondaient nos champs. Puis elles repartaient en laissant de la vase. Au printemps, quand les neiges fondaient dans les Alpes, d’autres eaux apparaissaient. Les digues craquaient sous leur poids, et, de nouveau, les prairies ne formaient qu’un étang. Mais en été, sous la chaleur torride, la rivière s’évaporait. Henri Bosco.

 

SOMME
Le jour avait rapidement baissé : les bois que le cavalier avait traversés le matin dans l’autre sens étaient déjà sombres, mais plus haut, en débouchant sur le découvert des pentes, il retrouva la clarté du ciel où tremblaient d’innombrables étoiles. Derrière lui, les pierres du chemin crissaient et roulaient sous les fers du cheval ; il n’y avait d’autre bruit que ce lourd et lent martèlement sans écho qui accompagnait sa marche. C’était pourtant l’heure où commençait à s’élever le chant de tous les insectes nocturnes. Mais on n’entendait rien. Jean Carrière.

 

TERRITOIRE DE BELFORT
Le typhon. Alertée par l’effroyable tumulte, un coup d’œil suffit à la jeune fille pour comprendre la situation et ses yeux s’agrandirent de terreur. La tourmente augmentait : le pont saccagé s’était couvert de débris balayés par d’énormes vagues. Il ne subsistait plus rien à quoi s’accrocher sur le bateau dansant une gigue folle sur les flots. Quelques minutes plus tard, les trois amis, luttant contre les éléments, tranchaient les cordages, sectionnaient les câbles retenant à l’Atlante la voile et la partie du mât abattue. Les jeunes gens travaillaient sans relâche, bousculés par des paquets de mer, secoués par la bataille que, ruant et se cabrant, le petit voilier menait contre la tempête. Le pont enfin se trouva dégagé et la monstrueuse ancre flottante qui tenait le bateau penché fut larguée. Atlante, libérée, se redressa. Michel Grimaud, Les Pirates de Bornéo.

 

 

 

Toutes ces dictées sont extraites des Annales corrigées du CEP – Livre du Maître – Vuibert, 1987.

Bien utiliser la préposition SUR

“Dans quel marasme les ai-je plongés ? Arrêter de dire “sur” leur paraît à tous insurmontable !

"Dans quel marasme je les ai plongés ! Arrêter de dire 'sur' leur paraît à tous insurmontable ! Sur la France, sur Paris, sur la Loire, sur la rue, sur l'année 2015, sur la tête de ma mère, il faut que ça s'arrête !"

 

 

Sur la France, sur Paris, sur la Loire, sur la rue, sur l’année 2015, sur la tête de ma mère, il faut que ça s’arrête !”

J’arrête de dire “sur” à la place de “en”, “à”, “dans”, “par”, “contre”, “après”…

Voici une liste de quelques emplois INCORRECTS à identifier et à bannir de sa syntaxe :

– deux fois *sur la semaine (PAR semaine) ;
– être *sur la porte (à la porte) ;
– jouer *sur la rue (DANS la rue) ;
– brouter *sur une prairie (DANS une prairie) ;
– *sur l’année dernière (AU COURS DE l’année dernière);
– il fait 20° *sur Paris (à Paris) ;
– travailler *sur une ferme (DANS une ferme) ;
– être fâché *sur qqn (CONTRE qqn) ;
– crier *sur qqn (APRES ou CONTRE qqn) ;
– *sur le tram (DANS le tram)…

Comme d’habitude, nous avons fait précéder d’un astérisque (*) les formulations incorrectes.

quand / quant

Quand Eric court, il porte un short. Quant à moi, je préfère le pull torsadé-col roulé quand je caresse des arbres.

Quand Eric court, il porte un short. Quant à moi, je préfère le pull torsadé-col roulé quand je caresse des arbres.

“Quand Eric court, il porte un short. Quant à moi, je préfère le pull torsadé-col roulé quand je caresse des arbres.”

J’arrête de confondre “quand” et “quant”. Et je ne reste pas sur mon quant-à-soi.

Règle :

– “Quand” est synonyme de “lorsque” et marque le temps.
– “Quant” signifie “pour ce qui est de” : “quant à”, “quant aux”.
Rester sur son “quant-à-soi” est une expression qui signifie, quant à elle, “garder une attitude réservée, distante”.

Ce n’est pas parce qu’on entend une liaison en [t] dans “quand il…” qu’on voit la lettre “t”. Voilà encore un cas où tout est une question de sens.

“*çà va ?! – Oui, *merçi, et toi ?! ” Aïe ! Halte-là !

merci pour ça

Tu diras merci pour ça !

“Tu diras merci à Tembo, quand tu auras fini de boire ça !”

J’arrête l’accrochage intempestif de cédilles et la pose d’accents inutiles.

Petit rappel non exhaustif :

“Merci” ne s’écrit pas “*merçi”, parce que le “c” devant le “i” fait déjà le son [s].
“Ça”, lorsqu’il remplace “cela”, est un pronom et il ne prend pas d’accent.
– On écrit “çà” avec un accent dans les seules expressions “çà et là” (“çà” étant un adverbe) et “Ah ! çà !” (“çà” étant une interjection).

je me suis permis/je me suis rendu compte

je me suis permis je me suis rendu compte

En 2015, j’arrête d’accorder les participes passés avec les compléments d’objet indirects.

“La première fois que j’ai vu Tzumei, je me suis permis de lui demander son âge. C’était osé. Mais j’étais jeune, et je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment.”

J’arrête d’accorder les participes passés avec les compléments d’objet indirects.

En effet, aussi vrai qu’une femme ne dira pas “*je lui ai apprise des choses”, elle ne dira pas “*je me suis permise de” et n’écrira pas non plus “*je me suis rendue compte”.

Dans notre phrase d’exemple, on ne sait donc pas qui parle, de l’homme ou de la femme.

La raison en est qu’on “permet à” et qu’on “rend compte à”. La présence de cette préposition “à” ne nous permet pas d’accorder le participe passé avec le complément, car il est INDIRECT.

Alors, les filles, vous vous êtes permis de faire la faute et vous ne vous en êtes pas rendu compte ? Prenez de bonnes résolutions !

à l’attention / à l’intention

drôle de dames

à l’attention / à l’intention

“Message à l’attention des collectionneurs :
Tous nos cols napolitains sont des pièces uniques, dessinées et assemblées à l’intention des drôles de dames.


J’arrête de confondre “à l’attention de” et “à l’intention de”.

En effet, quand j’écris une lettre ou un discours, je l’adresse “à l’attention” de celui qui le reçoit.

Je peux écrire sur l’enveloppe “A l’attention de Monsieur Z.”.

Mais quelle est la différence avec “à l’intention” ?

L’expression “à l’intention” s’utilise dans des cas bien précis : elle a un sens similaire à “en l’honneur de”.

Par exemple, on dira : un discours à l’intention des familles de soldats ou à l’intention des chefs d’État présents (c’est-à-dire dans le dessein d’être entendus !).

Je dirai / je dirais

"Tu vois, petit, si j'étais sûre de mon coup, je te dirais de mettre un -s au conditionnel..." En effet, si vous n'êtes pas sûrs de votre coup, mettez donc un -s à votre verbe : je dirais, je ferais, je serais... C'est aussi le cas dans les formules de politesse : je voudrais, je souhaiterais, je prendrais... Sinon, que se passe-t-il ? Votre verbe est au futur et vous tombez dans le domaine de la certitude. Le sens change donc complètement : - Je trouverais du boulot. (=dans mes rêves...) - Je trouverai du boulot. (=à coup sûr !)

“Tu vois, petit, si j’étais sûre de mon coup, je te dirais de mettre un -s au conditionnel…”

“Tu vois, petit, si j’étais sûre de mon coup, je te dirais de mettre un -s au conditionnel…”


En effet, si vous n’êtes pas sûrs de votre coup, mettez donc un -s à votre verbe : je dirais, je ferais, je serais…

C’est aussi le cas dans les formules de politesse : je voudrais, je souhaiterais, je prendrais…

Sinon, que se passe-t-il ? Votre verbe est au futur et vous tombez dans le domaine de la certitude. Le sens change donc complètement :
– Je trouverais du boulot. (=dans mes rêves…)
– Je trouverai du boulot. (=à coup sûr !)

Les trois meilleurs dictionnaires de langue française

Il n’existe pas UN dictionnaire, mais une multitude de dictionnaires. Je dirais même qu’il existe un dictionnaire par personne, selon le champ disciplinaire de prédilection (médecine ou cuisine ?), l’âge (débutant ou collège ?), la taille de l’appartement (version poche ou en dix volumes ?) ou les langues pratiquées (argot ou latin ?). Alors, qu’est-ce qu’un dictionnaire ?

 

Définition succincte d’un dictionnaire

Un dictionnaire est un ensemble de mots classés dans l’ordre alphabétique et présentant chacun une définition ou une correspondance.

En d’autres termes, c’est un livre de mots, un très gros livre où tous les mots qui existent sont recensés et expliqués.

Comme nous tenons un blog sur le thème de l’orthographe, nous ne parlerons pas des dictionnaires spécialisés, même s’ils sont pléthoriques de nos jours (niches commerciales obligent), du dictionnaire des maladies au dictionnaire amoureux des faits-divers.

L’objectif de cet article est de fournir quelques pistes pour vous aider à choisir un ou plusieurs dictionnaires qui répondent positivement aux questions suivantes :

  1. Ce dictionnaire est-il fiable ? Fait-il autorité ?
  2. Ce dictionnaire est-il complet ? Apporte-t-il des exemples et des nuances d’usage ?
  3. Ce dictionnaire est-il actualisé ?

1. Le Petit Robert de la langue française, sous la direction de J. Rey-Debove et A. Rey, 2015.

Le Petit Robert de la langue française

Le Petit Robert de la langue française

Le Petit Robert (ou Nouveau Petit Robert) se présente comme “un dictionnaire de langue française, d’étymologie, de synonymes et contraires, de citations, d’expressions et locutions, de nuances, de difficultés grammaticales et de la francophonie”, autrefois appelé Robert 1, par complémentarité avec le Robert 2, dictionnaire universel des noms propres.

Alain Rey, lexicographe en chef du Robert, le décrivait ainsi dans la postface de l’édition 2007 :

« L’idéologie de l’élite, des couches supérieures, ignore superbement ou juge sévèrement […] tout autre usage que le sien. Au contraire le Petit Robert est ouvert à la diversité, à la communication plurielle ; il veut combattre le pessimisme intéressé et passéiste des purismes agressifs comme l’indifférence molle des laxismes. Le français le mérite. »

Le Petit Robert est le dictionnaire universitaire par excellence, dont on commence à percevoir la grande utilité en classe de Première quand il s’agit de décortiquer les énoncés de dissertation.

Nous aimons (depuis fort longtemps) : le papier avion, la police de caractère très élégante, les indications de prononciation et d’origine des mots, les phrases d’exemple complices et surtout le nombre d’entrées pour un même mot.

Extrait du Petit Robert 2015 - De nouvelles entrées.

Extrait du Petit Robert 2015 – De nouvelles entrées.

  • Exemple de phrases illustratives pour le mot “whiskey” ou comment enfoncer le clou donner une réputation : 1. “Je courus au bar et je revins avec deux whiskeys.” (Duras) – 2. “Le lendemain matin fut pénible, sans doute à cause des whiskeys de la veille.” (Sagan) Vous noterez, dans ces deux exemples, l’emploi pluriel du mot…

Nous regrettons : le prix élevé qui ne nous permet pas d’investir plus souvent dans l’achat d’un dictionnaire Robert actualisé.

Nous l’avouons : pour nous, le Petit Robert est LE meilleur dictionnaire de français.

 

2. Le Petit Larousse illustré 2015, Éditions Larousse.

Petit Larousse 2015

Petit Larousse 2015

Le Petit Larousse a deux générations de plus que le Petit Robert paru en 1967. Paru en 1905 pour la première fois, le Petit Larousse affiche une ambition pédagogique. En effet, il comprend deux parties : noms communs et noms propres. En outre, il faut compter sur les fameuses “pages roses” du milieu avec les expressions latines (une raison pour choisir l’option latin au collège), les drapeaux de tous les pays du monde, un atlas géographique, une chronologie universelle et, surtout, de grandes planches didactiques (oiseaux, décorations, arbres, corps humain, etc.).

Pour résumer, le Petit Larousse est LE dictionnaire des familles. Il flirte avec l’encyclopédie de poche. C’est le dictionnaire des cruciverbistes qui peuvent accéder facilement aux noms propres les plus courants. Le dictionnaire de l’écolier qui passe son temps libre à reproduire les drapeaux. Le dictionnaire, enfin, des exposés de géographie. Le Petit Larousse n’est pas le meilleur dictionnaire de langue, mais c’est un excellent complément au Petit Robert.

Nous aimons : les planches colorées, les extraits d’atlas géographique et les nombreux schémas explicatifs (rien de tel qu’un schéma pour expliquer ce qu’est un séisme, par exemple).

Nous regrettons : l’absence de linguistique dans les définitions : pas de phonétique (mais depuis peu la possibilité d’entendre la prononciation de n’importe quel mot sur leur site), pas d’indication sur l’origine des mots, pas d’exemple d’usage, sans parler des définitions parfois très insuffisantes.

3. Le Littré, Éditions du Cap, jusqu’en 2003.

Dictionnaire de la langue française Littré, en 3 volumes.

Dictionnaire de la langue française Littré, en 3 volumes.

Parlons enfin du “grand” et “lourd” Littré, dont il faut différencier les versions antérieures des versions abrégées postérieures à 2004, éditées au Livre de Poche sous le nom de “Nouveau Littré”.

Le Littré est le plus ancien des dictionnaires (première parution, chez Hachette, de 1863 à 1872). Il succède ainsi au Dictionnaire de l’Académie, dont il reprend les catalogues de mots, qu’il augmente de plusieurs milliers. C’est aujourd’hui le dictionnaire le plus fourni avec 136 000 entrées ( 60 000 pour le Petit Robert et 87 000 – dont les noms propres – pour le Petit Larousse). A l’origine, le projet du Littré se fondait sur la constitution d’un apport étymologique de référence. Lui ont été reprochés des indications de prononciation désuètes (“our” pour “ours”, par exemple) et son manque d’ouverture pour accueillir les termes issus des nouvelles technologies. Depuis 2004, avec la parution du Petit Littré, il a complètement intégré les recommandations de la Nouvelle orthographe de 1990.

Pour résumer, le Littré ancienne mouture est, plus qu’un dictionnaire, un grand livre destiné aux puristes et amoureux de la langue française. D’ailleurs, on peut se faire une idée de l’usage que l’on peut en faire en allant sur le site du Littré en ligne (suivre le lien en bas de cet article). A gauche de l’écran, on est invité à saisir notre requête dans un cadre et il est précisé : “une requête vide propose un mot au hasard”. Un mot au hasard ? Quelle merveilleuse idée !

Nous aimons : les indications étymologiques, le plaisir d’utilisation, les exemples tirés d’œuvres classiques.

Nous regrettons : le manque de souplesse et de concision dans le cadre d’une utilisation quotidienne, les trois tomes qui en font un dictionnaire fractionné, les nouvelles versions abrégées qui en altèrent la raison d’être.

Les dictionnaires en ligne : quelques recommandations

Tous ces ouvrages existent en version numérique, sous la forme de CD-roms, et sont également accessibles en ligne en version gratuite ou payante :

Les fautes de frappe

Personne n’est à l’abri d’une faute de frappe !

Une espacea invisible sur son éditeur de texte (*l’ oeil), un “s” qui vient se coller au mot suivant (des *gro syeux), une double lettre qui perd l’un de ses membres (une *feme), une lettre qui disparaît (un *hampignon), une autre qui revient de loin (*travzil)…
Les coquilles sont des erreurs que la raison ne connaît pas… et que le lecteur remarque.

Elles sont dues à la fatigue (cérébrale et oculaire) et apparaissent le plus souvent en fin de journée. Il faut en avoir conscience afin d’anticiper. Il serait regrettable de publier trop vite un article fleuri de coquilles, écrit en état de fatigue mentale et visuelle. Patience, donc.

Fractionnez votre travail de rédaction !

D’une part, c’est capital pour “re-voir” le fond de votre texte, d’autre part vos yeux se seront reposés et scruteront votre texte comme s’il s’agissait de la première fois. Les imperfections vous sauteront aux yeux et les coquilles brilleront d’un éclat tel que vous ne pourrez les manquer.

Il faut donc patienter et recharger ses batteries. Levez-vous et quittez pour un temps votre espace de travail et son écran lumineux… Changez-vous les idées en discutant, mangeant ou pratiquant une activité de loisir. A votre retour, vous aurez un regard neuf et critique sur votre travail.

Quand vous aurez assez distrait votre regard et votre esprit, vous pourrez passer à la deuxième phase de la rédaction, qui est celle de la relecture. Supprimez les coquilles ; augmentez ou réduisez votre texte ; jouez votre partition de relecture comme vous l’entendez : sur le mode “réécriture”, “révision”, “enrichissement” ou “réduction” !

Le conseil du chef pour éviter les fautes de frappe

Si vous avez écrit un article fleuve, vos yeux se fatigueront à nouveau et votre sens critique s’émoussera. Il vaut mieux fractionner à nouveau et prévoir plusieurs relectures de chaque partie.

a : une espace, nom féminin. Sur l’écran, l’espace désigne l’écartement entre deux signes.